Recherches scientifiques en appui de la gestion axée sur les écosystèmes

Stratégies de conservation pour la gestion des pêches

Les chercheurs de la Station biologique de St. Andrews (SBSA) mènent des recherches scientifiques en appui des décisions en matière de gestion des pêches dans la Région des Maritimes. De récents changements dans l'approche de gestion, appelée gestion axée sur les écosystèmes (GAE), ont mené à un virage dans l'objectif de la gestion traditionnelle des pêches, qui était de maintenir la productivité que des ressources exploitées. L'objectif nouvel est l'utilisation durable d'un écosystème sain et productif.

L'approche écosystémique met en jeu la gestion des activités anthropiques afin d'assurer que les écosystèmes marins, leur structure (diversité des espèces), leur fonction (productivité) et la qualité globale du milieu (qualité de l'eau et de l'habitat) ne soient pas compromis. Elle requiert la compréhension des incidences de ces activités sur l'écosystème et de l'effet de la dynamique de l'écosystème sur la gestion de celles-ci.

En plus des objectifs sociaux et économiques, les recherches scientifiques menées en appui de la GAE des pêches ciblent trois objectifs de conservation : le maintien de la productivité, la conservation de la biodiversité et la protection de l'habitat. Le premier changement important est que la GAE élargit la portée des considérations en matière de conservation pour chaque activité gérée. Le deuxième est que la GAE exige la considération de toutes les activités sectorielles menées dans une zone de gestion de sorte à tenir compte des effets cumulatifs.

De concert avec des collègues et des intéressés, les scientifiques de la SBSA ont élaboré une gamme de stratégies détaillées et pratiques (voir le tableau) pour atteindre ces objectifs. Bien que tous les plans de gestion des pêches devraient tenir compte de ces stratégies, chacune de celles‑ci ne porte pas le même poids dans toutes les pêches. Certains aspects se verront accordés une priorité élevée alors que d'autres ne seront aucunement pertinents.

Les recherches scientifiques visent à établir des indicateurs pratiques et mesurables pour les stratégies de conservation (ces indicateurs sont des mesures de la réaction de l'écosystème à la pêche) et de points de référence connexes appropriés (ces points indiquent quand une condition est inacceptable). Des mesures de gestion sont ensuite cernées pour réduire le risque que l'indicateur dépasse le point de référence. Par exemple, les gestionnaires des pêches établissent un total autorisé des captures (TAC) de sorte à réduire le risque que les prélèvements de la pêche dépassent 20 % de la biomasse d'une population.

Les pêches ont trois incidences importantes. Ce sont : la mortalité directe imputable à la récolte; la mortalité accidentelle imputable aux prises accessoires et la perturbation physique de l'habitat par les engins. Les mesures de gestion doivent donc viser à limiter l'exploitation (récolte), à gérer les rejets et la mortalité accidentelle (prises accessoires) et à réduire les incidences des engins sur l'habitat benthique. Le défi repose dans la réalisation d'un juste équilibre entre, d'une part, l'attention portée aux priorités nouvelles que sont les prises accessoires et les incidences sur l'habitat et, d'autre part, l'attention qui devrait continuer d'être portée à la limite de l'exploitation afin de maintenir la productivité des ressources faisant l'objet d'une récolte commerciale.

Les avis scientifiques sur les niveaux de récolte appropriés sont d'importance cruciale pour ce qui est de maintenir la productivité des populations exploitées et de permettre à ces espèces de remplir leur rôle dans l'écosystème. Les scientifiques de la SBSA continuent d'évaluer l'état des stocks, d'établir des stratégies de récolte appropriées et de considérer les conséquences de TAC de remplacement pour les pêches.

Un mélange d'espèces de poisson se trouve dans les divers habitats. Il en résulte que la mortalité imputable aux prises accessoires est une conséquence indirecte de la plupart des pêches. Une plus grande attention doit être portée à la gestion des rejets de prises d'espèces visées et à la limite de la mortalité imputable à la prise fortuite d'espèces non visées. Il faut donc trouver des moyens de limiter les prises accessoires (fermetures de pêcheries, modifications d'engin) et de mieux tenir compte de la mortalité imputable aux prises accessoires dans l'évaluation et l'attribution des ressources.

Les spécialistes des pêches mènent des travaux en appui de la gestion des perturbations de la constitution physique du plancher océanique - que ce soit le gravier, les rochers, les bancs de coraux ou tout autre élément - ou de la colonne d'eau que pourraient causer les activités anthropiques, telles la perte d'engins de pêche et le bruit, aux espèces en péril. Ces travaux comprennent la classification des habitats, l'établissement des incidences de la pêche sur ceux-ci et l'identification des secteurs affectés par les activités de pêche.

L'opérationalisation de la GAE nécessitera la révision des plans de gestion existants pour y incorporer toutes les stratégies pertinentes, la surveillance accrue des pêches pour recueillir de l'information sur les rejets et les lieux de pêche et l'établissement d'indicateurs de rendement pour mesurer la réaction de l'écosystème à la pêche.